Le meilleur pour la fin

Marcia avait failli mourir bien des fois.

A 10 ans lorsqu’elle avait attrapé une méningite.
On avait préparé ses parents à son départ.
Et puis.
Un miracle médical s’était produit.
Du jour au lendemain.
Elle était allée mieux.
A sa sortie.
Alors que les infirmières.
D’un regard bienveillant.
Lui souhaitait un bon retour.
Elle les engueula.
Arguant que si elle avait la vie sauve elle ne le devait qu’à elle-même.
Le corps médical avait, selon elle, abandonné son cas trop vite.

A 30 ans, elle avait évité de justesse les roues d’un camion.
Elle roulait à vélo.
Le conducteur était distrait par un chagrin d’amour.
Et ne l’avait pas vue.
Elle s’était retrouvée sur le bas-côté à la dernière seconde.
Sentant l’extrémité des poils de son bras gauche se faire écraser par l’engin.
Le reste de son corps était resté intact.
Seul vestige de l’accident.
Un bleu au genou droit.
Qui partit au bout d’un mois.
Lorsqu’elle apprit que la femme du conducteur s’était enfuie avec ses enfants, son amant et toutes les économies gagnées par le mari.
Elle se dit que la vie était bien faite.
Et qu’il avait eu ce qu’il méritait.

A 50 ans, Marcia faillit mourir d’une balle perdue.
Elle s’était retrouvée au milieu d’un règlement de compte.
Deux gangs s’affrontaient.
Elle avait entendu la balle siffler.
Et avait senti le projectile passer à un centimètre de son oreille.
Elle s’était hâtée de rentrer chez elle.
Le lendemain.
Comme tous les matins.
Elle feuilleta le journal en prenant son café.
Et se réjouit en apprenant que ces malfrats avaient eu leur compte.
Pas un n’avait survécu.
Elle décida de se resservir un café pour fêter ça.

A 70 ans, elle était tombée dans sa douche.
Elle s’était évanouie sous le choc.
Et s’était retrouvée la tête dans l’eau.
Elle aurait dû se noyer.
Mais sa voisine avait décidé de passer la voir ce jour.
Elle n’aimait pas la vieille.
Comment aurait-elle pu ?
C’était une teigne.
Mais elle avait promis à sa famille.
Qui, eux, était des gens adorables.
C’est donc la voisine qui la retrouva dans sa salle de bain.
Et lui sauva la vie.
A une minute près.
Pour remercier sa sauveuse.
Marcia lui colla un procès.
Pour qu’elle coupe son arbre.
Ça faisait des années qu’il lui bloquait la vue.
Il était temps qu’il dégage.

A 90 ans, on lui avait diagnostiqué un cancer.
A cet âge, son espoir de guérison était nul.
Elle avait d’ailleurs plus de chances de mourir de vieillesse que de sa maladie.
Tout le monde s’attela à atténuer sa douleur.
Organiser une fin de vie aussi confortable que possible.
Mais.
10 ans plus tard.
Son cancer était guérit.
Et elle passa voir un à un tous les médecins qui l’avait accompagné.
Pour les insulter.
Une fois de plus ils avaient été incompétents.
Il aurait dû miser sur le bon cheval.
Elle.

A 110 ans, elle fut le témoin de la plus grande épidémie mondiale.
Un carnage.
Où les plus fragiles étaient les premières victimes.
Malgré toutes les précautions pris par son entourage.
Marcia attrapa la maladie redoutée.
Déjà deux autres femmes de sa génération en était morte dans le voisinage.
Le pronostic était mauvais.
Marcia termina à l’hôpital.
Et alors qu’on lui annonçait qu’elle était au dernier stade de la maladie.
Elle s’endormit.
Et quand elle se réveilla le lendemain.
Elle allait mieux.
Deux semaines plus tard, elle sortait de l’hôpital.
Elle avait survécu.

Au moment où elle franchissait la porte de l’hôpital.
Dans une chambre du même édifice.
Sa petite nièce mourut.
Elle était venue rendre visite à sa grande tante.
Et avait été infectée par la terrible maladie.
Lorsque Marcia l’apprit.
Elle s’exclama qu’elle avait été bien bête d’être venue la voir.
Tous les médias avaient informé que c’était une maladie hautement contagieuse et mortelle.
Elle se tourna vers la mère de sa nièce venue lui annoncer la nouvelle.
Et lui dit :
« Dieu ne rappelle à lui que les imbéciles. »

En rentrant chez elle.
La mère endeuillée s’adressa à Dieu.
Elle ne savait pas qu’elle était sa stratégie mortuaire.
Mais elle l’informa qu’elle trouvait son sens de l’humour plus que douteux.

 

Photo de Cristian Newman sur Unsplash

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

%d blogueurs aiment cette page :